Can you predict the stereotypes chosen by an AI image generator?
Lorsque j'ai commencé à réfléchir à un projet autour de l'intelligence artificielle, je voulais travailler sur la question des biais présents dans les IA génératives. Mon idée de départ était de montrer comment certaines IA génèrent des représentations stéréotypées lorsqu'on leur demande de produire des images de certaines catégories de personnes : un PDG, une infirmière, un génie, une personne belle, etc.
Cependant, en avançant dans mes recherches, je me suis rendu compte qu'une démonstration classique des biais de l'IA risquait d'être assez prévisible. Aujourd'hui, beaucoup de personnes savent déjà que les modèles génératifs reproduisent des stéréotypes présents dans leurs données d'entraînement. J'ai donc cherché une manière plus interactive et plus engageante d'aborder ce sujet.
C'est ainsi qu'est née l'idée de "Think Like an AI".
L'objectif du projet n'est pas simplement de montrer les biais de l'intelligence artificielle, mais d'inviter l'utilisateur à les anticiper. Au lieu d'observer passivement les résultats produits par une IA, le joueur doit essayer de deviner quels choix et quels stéréotypes l'IA va mobiliser pour générer une image.
Par exemple, lorsqu'une IA reçoit la consigne "génère l'image d'un PDG", va-t-elle produire un homme ou une femme ? Une personne jeune ou âgée ? Une personne seule ou entourée de son équipe ? Une personne blanche ou racisée ? Le joueur doit faire ses propres hypothèses avant de découvrir l'image générée.
Ce dispositif transforme la question des biais en jeu. Mais il révèle également quelque chose d'intéressant : si les joueurs arrivent facilement à prédire les choix de l'IA, cela signifie que ces stéréotypes ne sont pas seulement présents dans les algorithmes. Ils sont suffisamment ancrés dans notre culture pour être prévisibles.
Le quiz devient alors une expérience de réflexion autant sur l'IA que sur nous-mêmes.
J'ai choisi le format du quiz pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il rend le sujet plus ludique et accessible. Ensuite parce qu'il implique directement le visiteur. Il ne reçoit pas une information, il doit prendre position et faire des choix. Enfin, le quiz permet de créer un effet de surprise lorsque les réponses de l'utilisateur correspondent aux résultats de l'IA.
L'humour occupe également une place importante dans le projet. Chaque manche se termine par une phrase ironique ou satirique qui souligne les limites des systèmes génératifs. Je souhaitais éviter un ton moralisateur et privilégier une approche légère, permettant de questionner l'intelligence artificielle sans la diaboliser.
Concernant la direction artistique, j'ai choisi une esthétique inspirée du "Old Net", c'est-à-dire l'internet des années 1990 et du début des années 2000. Ce choix n'est pas uniquement esthétique. Les IA génératives sont souvent présentées comme des technologies futuristes et révolutionnaires. En utilisant un langage visuel rétro, je crée volontairement un contraste entre cette promesse de modernité et les stéréotypes parfois très anciens que les IA continuent à reproduire.
Ce style visuel évoque également une époque où internet semblait plus expérimental, plus naïf et plus ludique. Je souhaitais retrouver cet esprit de découverte et de jeu plutôt que celui d'une démonstration académique classique.
Enfin, certaines manches du quiz mettent en évidence d'autres limites des IA. Par exemple, lorsqu'une IA refuse de générer l'image d'un voleur, le projet ne montre plus un biais de représentation mais une limite liée à la modération automatisée des contenus. J'ai trouvé intéressant d'intégrer différents types de limites de l'intelligence artificielle plutôt que de me concentrer uniquement sur les stéréotypes.
Au final, ce projet cherche moins à répondre à la question "l'IA est-elle biaisée ?" qu'à poser une autre question :
"Pourquoi sommes-nous souvent capables de prédire ses biais ?"
Cette interrogation me semble particulièrement intéressante parce qu'elle rappelle que les intelligences artificielles ne créent pas leurs représentations à partir de rien. Elles apprennent à partir de données produites par des humains et reflètent, parfois de manière caricaturale, certaines représentations déjà présentes dans notre société.
Processus de réalisation du projet
1. Recherche du sujet et définition du concept
Au début du projet, je souhaitais travailler sur les limites des intelligences artificielles génératives, en particulier sur les biais sociaux présents dans les images produites par ces outils.
Mon idée initiale consistait à analyser les résultats obtenus lorsqu'une IA génère des images à partir de prompts tels que « un PDG », « une infirmière » ou « une personne intelligente ». Après plusieurs réflexions, j'ai trouvé qu'une simple démonstration des biais risquait d'être trop prévisible et peu engageante pour le public.
J'ai donc décidé de transformer cette analyse en expérience interactive. L'objectif n'était plus seulement de montrer les biais de l'IA, mais de demander aux utilisateurs de les anticiper.
C'est à partir de cette réflexion qu'est né le concept du quiz « Think Like an AI ».
2. Élaboration du scénario du jeu
J'ai ensuite défini le fonctionnement général du site.
Le joueur découvre une série de situations dans lesquelles une intelligence artificielle a été invitée à générer une image.
Pour chaque manche, il doit sélectionner les caractéristiques qu'il pense retrouver dans l'image produite :
-
genre ;
-
âge ;
-
origine ;
-
apparence ;
-
contexte ;
-
signes de richesse ou de statut social.
Après validation, l'image est révélée ainsi que les réponses attendues.
Cette mécanique permet de transformer une observation passive en participation active.
Le joueur est amené à comparer sa propre perception à celle de l'IA.
3. Génération des images
Pour constituer les différentes manches du quiz, j'ai utilisé plusieurs intelligences artificielles génératives :
-
Microsoft Copilot
-
Gemini
-
ChatGPT
-
Grok
-
Mistral
J'ai volontairement utilisé plusieurs modèles afin de ne pas limiter le projet à une seule plateforme.
Pour chaque thème (CEO, Nurse, Surgeon, Genius, Beautiful Person, etc.), j'ai généré plusieurs images puis sélectionné celles qui me semblaient les plus représentatives ou les plus intéressantes à analyser.
J'ai également intégré un cas particulier où l'IA refuse de produire une image afin de montrer qu'au-delà des biais visuels, les modèles possèdent également des mécanismes de modération et de censure.
4. Conception visuelle
Pour l'identité graphique du projet, j'ai choisi une esthétique inspirée de l'ancien internet des années 1990 et 2000.
J'ai effectué des recherches visuelles sur :
-
les premiers sites web personnels ;
-
les interfaces Windows 98 et Windows XP ;
-
les jeux Flash ;
-
les forums et blogs du début du web
J'ai choisi cette direction artistique pour créer un contraste entre l'image futuriste souvent associée à l'intelligence artificielle et des références visuelles volontairement datées.
Ce choix permet également d'apporter une dimension humoristique et nostalgique au projet.
5. Rédaction du prompt de développement
Une fois le concept défini, j'ai rédigé un cahier des charges détaillé destiné à une intelligence artificielle.
Dans ce prompt, j'ai précisé :
-
le concept du jeu ;
-
les règles ;
-
la structure des différentes manches ;
-
les contraintes techniques ;
-
le design souhaité ;
-
le fonctionnement du score ;
-
la gestion des réponses ;
-
les images à intégrer ;
-
les textes humoristiques.
Cette étape a demandé plusieurs itérations afin d'obtenir un prompt suffisamment clair et précis.
J'ai utilisé ChatGPT pour m'aider à structurer et améliorer ce cahier des charges.
6. Génération et modification du code
À partir du prompt final, j'ai demandé à l'IA de générer le code du site.
Le site a été développé en :
-
HTML
-
CSS
-
JavaScript
Le projet est contenu dans un unique fichier index.html.
Après la génération initiale, plusieurs ajustements ont été nécessaires :
-
correction de bugs ;
-
modification de la logique du score ;
-
amélioration de l'affichage responsive ;
-
ajustement de certains textes ;
-
intégration des images ;
-
amélioration du style graphique.
Le développement s'est donc fait sous la forme d'un dialogue continu entre les propositions de l'IA et mes propres choix de conception.
7. Tests et validation
Une fois le prototype fonctionnel, j'ai réalisé plusieurs tests afin de vérifier :
-
le calcul du score ;
-
le passage entre les manches ;
-
l'affichage des images ;
-
la limitation à cinq réponses ;
-
le comportement sur différentes tailles d'écran.
Ces tests ont permis de corriger plusieurs erreurs avant la mise en ligne.
8. Publication du site
Pour rendre le projet accessible en ligne, j'ai utilisé Netlify.
Les étapes ont été les suivantes :
-
préparation du dossier contenant le fichier index.html et les images ;
-
création d'un nouveau projet sur Netlify ;
-
importation du dossier du site ;
-
génération automatique d'une URL publique ;
-
vérification du fonctionnement du site en ligne.
Le projet est ainsi consultable directement depuis un navigateur sans installation particulière.
Outils utilisés
Conception et rédaction
-
ChatGPT : aide à la réflexion, structuration du projet et rédaction du cahier des charges.
Génération d'images
-
ChatGPT
-
Gemini
-
Microsoft Copilot
-
Mistral
-
Grok
Développement
-
HTML
-
CSS
-
JavaScript
Édition du code
-
Sublime Text
Hébergement
-
Netlify
Conclusion
Ce projet m'a permis d'explorer les biais et les limites des intelligences artificielles génératives à travers une approche interactive et ludique. Au lieu de présenter une analyse classique, j'ai choisi de transformer cette réflexion en expérience participative où les utilisateurs sont invités à anticiper les choix de l'IA et à s'interroger sur l'origine de ces représentations.